Joël Baudouin – « Pop-peinture »
- Date : 1979
Article de presse, à l'occasion de l'exposition au Musée de l'Athénée, Genève.
Un mot-clé, « pop-peinture » : Joël Baudouin l’a entendu le jour même du vernissage des quarante toiles qu’il avait accrochées au Musée de l’Athénée de Genève. L’actualité rejoignait ces compositions provoquantes où la dérision n’emprunte ni le masque du tragique, ni celui des grotesques de carnaval, mais s’inscrit dans une lumière de tous les jours.
Cette peinture-là, Joël Baudouin ne l’a jamais faite pour se mettre à la page. Voilà une dizaine d’années que dans son atelier de Durtal il avait commencé sa mutation : d’un art nourri du spectacle de la nature à la dénonciation d’un univers mutilé…
Voici trois ans, Joël Baudouin « investissait » les « salons Curnonski » (le Welcome pour les vieux Angevins), et pas avec des berceuses ! Les réactions du public furent pour le moins diverses. Nous avions dit de lui « un chantre de la contestation ». Il avait répondu, n’ayant guère goûté le mot et ses résonances :
— « Je ne conteste pas, je constate ! »
La caution de Genève
Mais notre homme ne s’est point ému davantage de l’anecdote angevine. Il a continué de peindre sans dévier d’un iota sa démarche. On aime ou pas. Cela existe.
Genève, par la plume de Bernard Letu, vient en quelque sorte de parrainer l’entrée des toiles venues d’Anjou dans le concert contemporain : Joël Baudouin a pris le parti d’en rire. C’est plus élégant que d’en pleurer, plus sage que d’agresser, plus courageux que de se résigner. C’est aussi et surtout plus heureux pour nous, pour notre plaisir visuel et intellectuel.
Imaginons un moment que Joël Baudouin ait été un écrivain. Malgré tout le bien-fondé de ses thèses — et nous devrions presque dire en fonction de cette légitimité même — il aurait eu bien de la peine à les exprimer d’une manière nouvelle et originale, tant il est vrai qu’en littérature les Déroulède ont trouvé facilement leurs anti-clairons, les dames militantes de Sainte-Marie leurs ingénues libertines et les valeurs familiales établies leurs solitaires irrécupérables.
Mais tout ceci, semble-t-il, n’avait pas encore été dit en peinture ; seulement esquissé, avec génie parfois, dans la caricature ou le dessin satirique. Allant beaucoup plus loin, il a réussi son propos qu’explicite parfaitement, outre le grand format, un sens rare de l’architecture picturale et du jeu des volumes, servi par une gamme où l’orange — qui est la couleur du soleil, de la chaleur et de la vie — prédomine.
Pour revenir à la source de l’inspiration, la satire sociale, explosant dans ce rire rabelaisien qui le cède de temps à autre à la tendresse apitoyée, il est superflu d’écrire — tant le message crève la toile — que Joël Baudouin a su l’exprimer avec toute la puissance de son tempérament généreux.
L’auteur de cette appréciation, qui prépare un ouvrage sur la peinture de Joël Baudouin, tient également une galerie à Genève. Notre peintre continue d’y figurer.
Le salon de la carte postale
Et puis, toujours au cours de l’automne qui vient de s’achever, on a confié à Joël Baudouin le soin de réaliser l’affiche du Salon de la Carte Postale, septième du nom. Il s’agit à la fois d’un salon de collectionneurs et de marchands spécialisés, fondé et animé par J.-F. Jéhanno. La toile initiale a été vendue dans le cadre des enchères du salon, mais outre l’affiche on en a tiré une carte postale. Le salon s’est tenu à l’Hôtel Georges V.
Paris — Les deux rives
Et Paris a commencé de s’intéresser sérieusement à cet art pas comme les autres : la Galerie Guigné (rue du Faubourg Saint-Honoré) et la Galerie Claude Ratier (rue Bonaparte) ont retenu des œuvres de Joël Baudouin.
— « Je ne cherche pas le succès, nous dit le peintre. Mais le moyen…
— C’est la condition même d’un contact avec le public ! »
Et c’est vrai que Joël Baudouin, qui a travaillé dans les ateliers de Fernand Léger et d’André Lhote, de Zadkine et de « la Grande Chaumière », n’a guère encombré nos cimaises angevines, ni nos chroniques. Il nous est agréable aujourd’hui de le rencontrer au carrefour de l’actualité, à la croisée de son propre chemin et de la « pop-peinture » d’expression française.
J. F.