Joël Baudouin, l'exopeintre — Le Courrier de l'Ouest, 2012
- Date : 2012
Article paru dans Le Courrier de l'Ouest le 16 octobre 2012, à l'occasion des Arts à la campagne. Joël Baudouin y ouvre les portes de son atelier de L'Ouvrardière, à Durtal. Texte établi par OCR à partir du scan de presse conservé dans les archives familiales ; certains mots en fin de colonne droite sont partiellement illisibles.
Le Durtalois Joël Baudouin est l’inventeur d’un univers pictural et plastique hors des sentiers battus.
Durtal, L’Ouvrardière, dimanche après-midi. À la faveur des Arts à la campagne, Joël Baudouin a ouvert les portes de son atelier.
Il y a des exoplanètes. Les astronomes les repèrent, les identifient, mais elles demeurent à jamais hors de notre Voie lactée. Ainsi de certains hommes. On les voit, on leur parle, mais leur monde nous reste inconnu.
Celui de Joël Baudouin échappe à toute définition. Le parcours, les passions, les idées de ce Protée des pinceaux, né à Nantes en 1930, donnent à vrai dire le tournis. Il a eu plusieurs vies : chanteur de polyphonies Renaissance, séminariste dans la Sarthe, directeur d’un centre artisanal en Egypte, galeriste en Floride, chef d’entreprise en Anjou, globe-trotter. Mais avant tout, l’art aura été la grande affaire de son existence.
Il entre aux Beaux-Arts à Angers, il suit les cours de M. Guilleux, de M. Tranchant. « Cela n’a pas été déterminant », corrige-t-il. Ce qui l’a été, c’est le terreau familial. Son père compte parmi ses amis Jean Le Guillou, ce collectionneur à l’œil très sûr qui rassemble des Manessier, des Singier, des Nicolas de Staël, les grands peintres de l’après-guerre.
400 000 carreaux de céramique chaque mois
D’ailleurs, la religion de Joël Baudouin était, de longue date, faite : « J’admirais le Douanier Rousseau, Séraphine de Senlis, qui confectionnait ses couleurs avec du jus de boudin ». Très attiré par la céramique, il travaille entre-temps chez l’Angevin Paul Maudonnet. « C’est mon métier de base », tient-il à préciser. Grâce à Le Guillou, il rentre chez André Lhote. Une photo le montre en compagnie du célèbre cubiste et du peintre Poliakoff, devant la vaste toile qui orne l’Académie de médecine de Bordeaux. À Montparnasse, il bénéficie des conseils de Fernand Léger, de Zadkine. Vallauris le voit stagiaire chez Sagan, « c’était alors le Larzac de la poterie ». En 1952, Robert de Montgolfier lui propose de venir en Haute Egypte, il accepte et dirige le centre artisanal de Garagosse, pour le collège Faggala du Caire. « Nous avons cuit de l’émail qui datait des pharaons », se souvient-il.
Puis retour à Vallauris, pendant quatre ans : « J’y croisais chaque jour Picasso, peu convivial, peu loquace, maîtrisant mal le français. Pourquoi avait-il peint telle ou telle toile ? Il n’en savait rien… » Nouvelle mue : la famille de Joël Baudouin s’était installée à Durtal en 1944, « pour le bon air », et c’est là qu’il fonde Les Grès du Maine. L’entreprise, au pic de son activité, emploiera cinquante personnes, et vingt représentants, Les Rairies fournissant jusqu’à [?] carreaux par mois. Mais le moule d’entreprise ne lui convient pas : « Je n’ai jamais fait un bon patron. Je déléguais beaucoup. » À 82 ans, Joël Baudouin vit dans sa maison de Durtal, entouré de ses toiles. Sa curiosité, son sens de l’humour n’ont pas pris une ride. Il cultive toujours avec talent son air surpris de faux naïf. Une carrière de touche-à-tout de génie lui a forgé une solide assise internationale, et l’on admire ses œuvres à Genève, New York, Orlando, Pays-Bas.
Jean-Luc Gagneux
Le Courrier de l'Ouest, 16 octobre 2012.