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Le monde tragi-comique de Joël Baudouin — Claude-Henri Sellès, 2017

Texte de Claude-Henri Sellès, commissaire de l'exposition rétrospective Le monde tragi-comique de Joël Baudouin, Anciennes Écuries des Ardoisières, Trélazé, 2017. Publié dans le journal de l'exposition. L'un des textes critiques les plus complets consacrés à l'œuvre de Joël Baudouin.

Un peu, beaucoup, passionnément… pas du tout !

Dans les années 60 à Vallauris, le céramiste novice a croisé des personnalités artistiques qui étaient alors bien en vue. Profitant des beaux jours, il était de fort bon ton pour ces artistes de quitter la capitale pour séjourner sur la Côte d’Azur et de se « médiatiser » à l’ombre des lauriers en fleurs.

Bien que perméable à l’art de ces maîtres, Joël Baudouin avait une imagination luxuriante. Peu-à-peu, sa personnalité prit ses marques et s’éloigna de ces modèles culturels en faveur d’une expression plus personnelle.

Les motifs antico-cubistes représentés sur les céramiques ont joyeusement muté conjointement à l’évolution de son parcours intellectuel et à la prise de conscience de l’universalité des problèmes.

La vie en rose

Joël Baudouin a peint sa vie, c’est-à-dire son expérience de la vie. Il transmettait ses représentations du monde qu’il voulait meilleur et sa perception de l’actualité qui ne fut pas toujours rose. Les thèmes sont traités, disons-le, d’une manière tragi-comique, chaque composition témoignant d’allégories critiques face à la violence et aux absurdités sociales ou sociétales.

Objectivement subjectif

Joël Baudouin ne se définissait pas comme un être objectif. Avec malice, il souriait de ses propres explications aussi sérieuses qu’amusantes, toujours habilement mises en scène par son imaginaire fécond. La représentation figurative de l’œuvre de Joël Baudouin est prétexte à conter une fiction analogique de la réalité.

La dérision au service de la critique

Joël Baudouin a su créer sa propre expression, son avant-garde à lui, basé sur une écriture assurément facétieuse de la représentation et du sujet à représentation. Pour autant, il n’est jamais sorti du balisage de ses connaissances techniques acquises auprès de ses tuteurs que ce soit dans le dessin, la peinture ou la céramique.

Il n’a pas, ou rarement mixé les techniques, métissé les genres.

Ses dessins ont pour dessein d’exprimer son point de vue sur le théâtre des comportements.

Le sérieux au service de l’absurdité (ou le contraire…)

La figuration narrative de Joël Baudouin est un manifeste qui donne à ses œuvres une fonction politique et critique de la société de consommation, de ses perversions du quotidien qu’il soit local ou international.

Une mitraillette dans les bigoudis !

Sa manière de s’exprimer n’obéissait pas aux règles qui habituellement content les histoires : pas de vérité mais une approche idéiste caustique : une mitraillette dans les bigoudis ! Son raisonnement elliptique s’exerçait dans la moquerie : du folklore breton à celle de la condition des femmes, du poids des religions — qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes — à l’horreur de la guerre, des guerres génératrices de souffrances.

Surréalisme, dadaïsme… en plus, il aurait bien rigolé !

On serait vaguement tenté de rapprocher sa « marque » au surréalisme par le choix des sujets, plutôt que par leurs traitements par ailleurs. Il nous faut rapidement balayer cette analogie car l’artiste ne puise pas son inspiration dans la spiritualité ou dans le rêve éthéré, mais dans la réalité et la dérision du monde qui l’entoure. En cela, son œuvre cousine avec le dadaïsme, du moins pour son extravagance et le caractère très engagé de son art. Finalement, il doit être lui-même.

Claude-Henri Sellès
Commissaire de l'exposition
Trélazé, 2017.

Télécharger le journal de l’exposition (PDF)